uberisation humaine web 2.0

Uberisation des êtres humains: le prix à payer au digital?

Digital, web 2.0: l’humain a perdu son utilité dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, telle une voiture au garage verra-t-il son uberisation?

 

On confond souvent travail et emploi.  C’est une erreur.

Le travail est une activité humaine porteuse de sens et productrice d’identité.  L’emploi est la forme régulée du travail dans la société salariale.

On peut être sans emploi et travailler, c’est le cas des mères au foyer.  Tout comme on peut avoir un emploi et ne pas travailler, c’est le cas des ouvriers de la construction en périodes hivernales.

A l’heure des suppressions d’emplois massives et des débats sur l’allocation universelle, penchons nous sur les aléas du travail à travers l’histoire.  Pour mieux comprendre les enjeux sociaux de la Révolution digitale.

 

 L’homme au « travail » pour survivre

Au commencement, il y avait la terre nourricière. Quelques hommes se partageaient des territoires sur lesquels ils chassaient et cueillaient. Avec la densification des populations, les sociétés se sont organisées. Et la terre est devenue le bien de quelques-uns, louant aux autres le droit de l’utiliser pour en vivre. Les populations étaient alors majoritairement agricoles et chacun exploitait au mieux un lopin de terre pour en obtenir de quoi vivre, mais aussi de quoi s’acquitter de son droit de fermage aux autorités temporelles et de sa dîme aux autorités spirituelles. Une agriculture extensive occupait largement les populations.

 

L’homme à « l’emploi » pour « gagner sa vie »

Puis vint la révolution industrielle… En produisant des outils tels les tracteurs et les moissonneuses batteuses, la Révolution Industrielle a libéré de la main d’œuvre agricole pour en faire de la main d’œuvre manufacturière. On parle de Révolution industrielle car il s’agit bien de cela: une révolution.

Le centre du pouvoir se déplace. Le Maître de l’aire industrielle n’est plus celui qui possède la terre mais bien celui qui possède les coûteux outils de production.  La messe est dite pour 2 bons siècles: le contrat de subordination se transforme en contrat de travail et le modèle industriel domine et grandit.  Pour s’autoalimenter, le système transforme le travailleur en consommateur et il se repaît jusqu’à l’indigestion de la voracité consumériste.

 

Des robots pour produire, l’homme pour les « services »

Automation, robotisation et mondialisation finirent par sonner le glas de l’ère industrielle dans nos régions.  La main d’œuvre humaine remplacée par la technologie (moins chère et plus lucrative) est libérée des contraintes matérielles de production et se retrouve disponible pour les secteurs des services: banques, assurance, deviennent alors les nouveaux eldorados de l’emploi.

 

Le grand coup de balai digital sur les derniers « employés »

Arriva la Révolution digitale. Et révolution il y eut. Contrairement aux champs et aux usines, l’outil digital est par essence peu coûteux, voire gratuit. Et avec le web 2.0 il est non seulement peu coûteux mais participatif.

L’internaute 2.0, utilisateur participatif est donc formaté pour faire lui-même une série de tâches que réalisaient auparavant les employés du secteur tertiaire.  ING et AXA licencient et sont sans doute les premiers d’une longue série.  Une frange importante de de la population est libérée.  Libérée? Oui.  Mais libérée pour quoi?

 

A l’aube d’une nouvelle aire 2.0 sans emploi?

Les sociétés rechignent généralement à réfléchir stratégiquement à leur avenir. Pourtant, la question de ce que vont faire ces travailleurs doit être posée.

Nous avons différencié le travail de l’emploi comme le fait la sociologie de l’emploi.  Et c’est sans doute là que se trouve le centre de la réflexion dans laquelle nous nous devons d’avancer.

Libéré d’une grosse partie des contraintes de production, l’être humain doit-il offrir un enterrement en grande pompe à la notion d’emploi? Si nous avons tendance à croire que cette notion a toujours existé, il nous faut constater que ce n’est pas le cas.  C’est le travail qui a toujours existé et qui existe toujours, que ce soit sous la forme d’un emploi ou sous la forme d’un service à la collectivité, à des proches, à des voisins sans pour autant constituer un emploi.

Force est de constater que la notion d’emploi avec CDI pour une vie ne correspond plus à nos réalités. Si de surcroît la création de richesse n’est plus liée ni à la possession de la terre, ni à la possession de l’outil de production, ni à la force de travail humaine, une nouvelle clé de répartition des biens doit être envisagée.

 

L’allocation universelle: les fonts baptismaux d’une société sans emploi?

Si dans notre société digitale, seule une partie congrue de la population a besoin d’être employée pour produire assez de richesse pour l’humanité, quel serait l’intérêt « d’occuper » les gens si ce n’est pas nécessaire?  Où serait le sens d’activités occupationnelles?

L’allocation universelle pourrait permettre à chacun un revenu qui serait la base d’une vie décente. Cette allocation universelle ou revenu de base universel a encore pour beaucoup des airs de chimères. Pourtant, l’idée ne date pas d’hier. Thomas More en évoquait déjà les prémisses au 16ème siècle. John Locke l’évoquait également comme une compensation d’une espèce de spoliation originelle des terres par une minorité.  Car selon lui, comment justifier que la terre, bien commun à l’humanité ait pu, à un moment donné, être réquisitionnée par une minorité.

Si l’allocation universelle peut alors passer pour l’utopie de penseurs surannés, il n’en est rien. Elle est soutenue par pas moins de 8 prix Nobel en économie.

Plus prosaïquement, l’ancien président du Land allemand de Thuringe, le très sérieux Dieter Althaus, avance que l’application de l’allocation universelle sur son territoire coûterait un peu moins de 600 milliards d’euros alors que le système social actuel coûte plus de 700 milliards d’euros.  Ses chiffres donnent donc matière à réfléchir.

L’allocation universelle est également très en vogue au sein d’une frange du mouvement de pensée libertarien dont le candidat a obtenu la troisième place lors des dernières élections présidentielles américaines. Elle est en outre en application dans certaines régions du globe comme l’Alaska, la Nation Cherokee et même dans une certaine mesure …l’Iran (depuis 2010). Et événement majeur (fondateur?) son application est sérieusement et fermement votée par la Finlande.

 

Le web 2.0 comme moteur d’une société participative et inclusive?

 

Le web 2.0 participatif permettrait alors à chacun de prendre part à l’effort sociétal ou à l’économie participative que ce soit au travers de SEL (services d’échanges locaux de biens ou de services), de plateformes de type Uber, de plateformes d’échanges ou de diffusions artistiques etc… Ceci à des fins d’épanouissement personnel choisi librement. Ou pour compléter d’un revenu de travail ponctuel (ou pas) la somme reçue par chaque citoyen.

Cette idée d’allocation universelle inconditionnelle va donc à l’encontre de toutes les clés de répartition des richesses utilisées jusqu’à présent: que ce soit la possession de la terre, la possession de l’outil de production, la possession du capital etc… Mais la Révolution digitale a mis à mal ce qui peut nous paraître être des piliers de notre organisation économique.  Les choses doivent être pensées de manière radicalement différente.

 

Vers une Uberisation de la main d’œuvre?

On peut alors se poser la question de l’uberisation de la main d’œuvre. Cette main d’œuvre serait donc entretenue, disponible et sous employée, un peu comme votre voiture dans le garage.  Au besoin, les employeurs pourraient y avoir recours avec une souplesse jamais égalée et à un prix défiant toute concurrence.  On songe là encore à l’analogie avec votre voiture qui peut sortir occasionnellement du garage pour jouer les taxis à petit prix.  D’autant que ces emplois occasionnels ne seraient plus de l’ordre de gagner de quoi survivre.

Quels sont les enjeux de ces changements de société ?  Faut-il les craindre ou y voir des opportunités ? Comment réguler tout cela?  L’allocation universelle est-elle la seule voie contre le chaos ?  Avançons-nous vers une uberisation humaine ?  Quelle est votre position là-dessus ?  N’hésitez pas à nous laisser vos commentaires.

Pour plus d’info sur l‘uberisation, et l’emploi

 

 

Anne Evrard

One Comment

  1. J’aime quand cela ne caresse pas dans le sens du poil ! Belle implication personnelle dans la rédaction du billet même s’il est impossible de faire le tour de ce sujet en un seul article. La révolution numérique ne doit pas nous faire perdre notre sens critique et je trouve que votre article pose les bonnes questions. À lire également un article sur l’ image fallacieuse d’entreprises dites « innovantes » : http://bit.ly/2fQPf0d

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